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"Le Darfour détruit", témoignages de miliciens Janjaweed

Envoyé par lemonde.fr


L'ONG Aegis Trust a recueilli les témoignages d'anciens soldats et miliciens Janjaweed ("diables à cheval") réunis dans un film de vingt minutes. Ils accusent le gouvernement soudanais d'avoir ordonné les massacres au Darfour. Le Monde.fr propose des extraits de ces témoignages.
Il est légitime, dans un premier temps, de s’interroger sur la véracité des expériences racontées par ces ex- soldats car leurs propos semblent en effet trop clairs, trop dénonciateurs pour être vrais. On pourrait penser à une mise en scène de l’ONG en question pour faire réagir l’opinion. En effet, n’importe qui peut devenir un soldat Janjaweed en baragouinant quelques mots d’anglais derrière une image flouttée.
Mais dans un second temps, cette vidéo a été diffusée par une source très sérieuse, Le Monde.fr. De plus le fait que le visage des intervenants soit « floutté » pour les protéger du gouvernement soudanais donne à leurs témoignages de la valeur, si il s’agit bel et bien de véritables ex-soldats.
Le gouvernement soudanais est donc très clairement accusé de génocide ethnique, et de bafouer ainsi un nombre important de droits de l’homme : « Seul la terre nous intéresse » (propos d’un chef à ses soldats).
Ce genre de témoignages, si véridiques, ont, en plus des constations sur place des ONG, joué un rôle dans le lancement du mandat d’arrêt international contre le président soudanais Omar El-Béchir par la cour pénale internationale de La Haye.

Cette 3ème partie du magasine Envoyé Spécial consacrée au Darfour est en fait divisée en deux sous-parties : dans la première des journalistes interrogent les populations locales issues de différents groupes en état de conflit quelques mois auparavant. Il est intéressant de voir les points de vue des populations dites « opprimées » et des « oppresseurs » dans un contexte de négociation. Les propos se contredisent par exemple sur l’existence des milices « Janjaweeds », accusées d’expéditions punitives dans des villages, et soutenues par le gouvernement. Chacun des groupes dans cette dynamique de marche vers la paix essayant de faire bonne figure et de rejeter les fautes sur l’autre.
Dans la deuxième partie de la vidéo, les journalistes d’Envoyé Spécial interrogent George Clooney sur le Darfour lors de son passage en France au festival de Cannes. Il semble très concerné par ce problème : il a fait le voyage jusqu’au Darfour avec son père, il a rencontré de nombreux chef d’États, et il récolte des fonds pour aider cette région brutalisée. Il met en quelque sorte son image au service de cette cause.
Il apparaît plein de bonne volonté mais il ne peut s’empêcher « d’être américain ». En effet on retrouve dans ses propos un certain nombre de clichés de l’Amérique porteur du Bien salvateur pour contrer le Mal. On ne peut cependant lui reprocher d’agir vers ceux dans le besoin, mais encore une fois quel stéréotype qu’un américain veuille sauvez le monde ! Il propose par exemple comme moyen d’action contre le gouvernement soudanais la menace d’arrêt des échanges commerciaux entre le Soudan et des pays comme la Chine et l’Égypte. Il critique d’ailleurs ces pays pour leur inaction. Ceci peut s’inscrire dans une vision américaine bipolaire d’un monde : l’Occident et la partie sino-arabe, ou monde musulman + pays émergeants.
Clooney reste néanmoins assez lucide sur la situation. Il reconnait le rôle ambigu d’une intervention américaine, à la fois bienfaisante, humanitaire et à la fois teintée d’une touche colonisatrice. Il relit ce propos à la présence américaine en Irak, et, en déduit que les pays n’ayant pas ouvertement pris part à cette « occupation » ont plus de crédit pour faire pression sur le Soudan sans passer par la case « colons ». Il mentionne notamment la France.
Enfin il définit assez pertinemment son rôle comme un simple objectif de caméra permettant de porter l’attention du monde sur cette région du globe.
Mais une caméra a un rôle limitée et le reportage se termine tristement sur ces mots qui caractérisent selon Clooney l’inaction du moment : « It’s a slow cooking genocide ».

Réalité du Darfour; partie 3/3

Envoyé spécial; diffusé sur France 2 le 31 mai 2007

Entretien avec Ronny BRAUMAN


Diffusé sur France 24 le 29 juin 2007

Ancien président de Médecins Sans Frontières, Rony Brauman est interrogé par France 24 à la suite d’un article parut dans le journal du dimanche le 10 juin 2007. Il s’agit d’un entretien télévisuel classique entre un journaliste de la chaîne et un intervenant, qui doit répondre de ses opinions, de ses citations, rappelées par le journaliste bien documenté.
Rony Brauman a pu se sensibiliser au conflit au Soudan à travers son action au sein de MSF, et grâce à son métier, professeur à Science Po Paris.
Dans cet entretien Rony Brauman critique plusieurs visions du règlement du conflit, et de l’action humanitaire.
Il est contre une intervention armée pour régler les tensions, comme pour acheminer l’aide humanitaire. Il s’oppose à la vision manichéenne du conflit où il y aurait des méchants (le gouvernement musulman soudanais) et des gentils opprimés (ethnies, peuples noirs-africains). Il aborde le conflit d’une manière beaucoup plus complexe, où une multitude  d’entités militaro-ethniques seraient impliquées. Le regard «  noir ou blanc » porté sur le conflit ferait en fait partie de l’idéologie « néo-conservatrice américaine ». Un parallèle est même fait entre l’intervention des forces internationales, mais américaines de surcroît,  en Irak et celle potentielle au Darfour. Il critique à cette occasion Bernard-Henry Lévy qui soutenait la guerre en Irak et qui est pour un contrôle militaire du conflit au Darfour.
Brauman lui est contre toute intervention militaire, qui ne ferait qu’empirer la situation. Une action humanitaire est selon lui, possible et sans doute plus efficace, sans intervention militaire. L’humanitaire n’est pas forcément lié au militaire.
De plus il « blanchit » la Chine en prétendant que le rôle de ce pays est nul dans le conflit. Ce point de vue diverge de celui de George Clooney (cf vidéo précédante).
Il semble donc adopter un point de vue plus objectif que ceux dans les précédentes vidéos car il est le plus informé de tous.

 

@ 2009 Epure Adina, Le Bail Hugo